Jacqueline Kelen – Impatience de l’Absolu – Face au genre inhumain

Jacqueline Kelen

Impatience de l’Absolu – Face au genre inhumain

Interprétation libre de l’entretien

https://www.youtube.com/watch?v=bzcCHMlsWh4#t=761

Faisant référence à Bernanos avec le titre « Impatience de l’Absolu », Jacqueline Kelen esquisse une critique du monde moderne qui impose une norme de pensée qui éradique toute question métaphysique et qui induit que l’être humain est au centre de tout et qu’il est dieu lui-même!

Ce tour de passe-passe opéré, telle une déprogrammation pour une reprogrammation nouvelle où il n’est plus question de transcendance, plus question de l’au-delà. L’humain est coupé de la source. Place donc au relativisme et à l’immanence totale. En résumé, un système qui a tendance à anesthésier les consciences. Voilà le programme: « l’anesthésie des consciences pour tous »!

Le genre inhumain qui est à la fois une humanité sans coeur, insensible et indifférente, centrée sur soi-même: moi d’abord, moi et mon bien-être, moi et moi et moi… (ça me fait penser à une pseudo-déesse ça! 😉 ). Et donc une humanité privée de cette dimension transcendante, sans élévation, sans verticalité.

La barbarie des autorités ou institutions religieuses n’a rien à voir avec cette notion de transcendance. Ces autorités jouent avec la peur et imposent un pouvoir d’ordre divin, peur et pouvoir… ce qui est bien le contraire de l’Amour. Et par ailleurs, bien évidemment ces autorités religieuses n’ont pas le monopole de la transcendance. Car c’est bien là que se situe la notion de Liberté, dans cette verticalité.

Ensuite de quoi J.Kelen aborde une question qui l’inquiète et cette recette laïque qui consiste à nous faire gober que « La question de Dieu relève de la vie privée »… Ne s’agit-il pas d’une question qui concerne toute l’humanité et le vivre-ensemble?

Jusqu’à arriver à un constat consternant: Big Brother est à l’oeuvre et dans quelques décennies, évoquer Dieu et la transcendance sera interdit et puni… Socrate lui-même serait poursuivi de faits de prosélytisme voire d’intégrisme! Si même la maïeutique devient non-grata, c’est bel et bien la pensée unique qui insidieusement s’installe.

Frédéric Lenoir quant à lui ne semble pas être sur la même longueur d’ondes. Il estime que certaines autorités religieuses ont commis des horreurs au nom de la transcendance alors que J. Kelen pense juste le contraire car là n’est point la transcendance! Cette incompréhension devient évidente lorsque F. Lenoir évoque le communisme et l’interprète comme une transcendance car le-dit communisme prépare un monde parfait! La conception de J. Kelen au sujet de la transcendance qui est toute autre, quelque chose qui n’est pas de ce monde… L’insondable…

A mon sens, cette dame a bien évidemment raison car elle respecte l’ontologie du Verbe et ne tombe pas dans ces approximations qui reflètent l’émergence d’une spiritualité de surface, d’un esprit qui confond et qui relie à tout prix…

Le grand mal de cette époque pour Jacqueline Kelen est la confusion. L’une d’elle est cette confusion entre le spirituel et le paranormal. J’ose ajouter entre l’au-delà et l’astral. Le paranormal n’est pas le spirituel, elle est tout à fait claire sur ce point. C’est probablement sur ce sujet que la confusion est la plus marquée en ces temps, avec ces pseudo spiritualités syncrétiques et du nouvel-âge, de l’astral et de la 5D.

Cette notion de « spiritualité sans Dieu » est un abus de mot (et de maux!). Le spiritisme n’a donc rien de spirituel dans la conception de Jacqueline Kelen… (spiritisme: doctrine fondée sur l’existence, les manifestations et les enseignements des esprits, le plus souvent des esprits humains désincarnés. Un humain incarné est employé comme médium entre le monde des humains et le monde des esprits lors des séances spirites. « Mindisme » serait plus adéquat). Je ne peux qu’abonder dans le sens de J. Kelen!

Puisque le terme « spiritualité » renvoie au mot « esprit », encore faut-il savoir de quel esprit nous parlons. Il est un esprit qui concerne l’intellect (le mental): « Cet homme a de l’esprit ». En anglais, c’est plus aisé: ici, on parle de « mind » et non de « spirit ».

« Spirit » renvoie à l’esprit spirituel: une surconscience apte à percevoir et à recevoir le Divin (qu’il ne faut pas confondre avec une entité quelconque quel que soit son nom). C’est ça la naissance spirituelle. Le terme « spirituel » étant galvaudé, il vaut mieux utiliser « la vie spirituelle » qui est une vie guidée, orientée, nourrie, illuminée, soutenue par l’Esprit Divin. Une spiritualité sans Dieu n’est donc selon elle pas possible. D’une part, les religions monothéistes qui relèvent de la transcendance et d’autre part, les religions autres, polythéistes, philosophies ou sagesses qui relèvent de l’immanence, où il n’est point question de Dieu…

On essaye de nos jours à tout concilier (désœuvrement entretenu par la théosophie, le new-age et les syncrétismes en tous genres). Or, il est des choses inconciliables. La vie spirituelle ne se limite pas à une morale, à une éthique ou à un « bien-vivre » ni à une consommation de ces recettes de bien-être… et la confusion est à la mode!

L’Esprit Spirituel est justement ce qui tranche et qui distingue (l’« Épée » du Verbe). Il est important de distinguer les choses et ne pas tomber dans l’amalgame.

Le pain quotidien tel que décrit par Simone Weil est un antidote au consumérisme actuel. On ne marchande pas avec Dieu! Un nouveau clin d’oeil aux « marchands du temple »… Et ce constat d’une totale rigueur: on n’aime pas ceux qui éveillent à la liberté! …

J. Kelen craint que l’on conditionne les gens à ne voir que leur bien-être (divertissements, consommation, sexe, …), un conditionnement des esprits qui les tourne à toutes les compensations au magique mot « bonheur ». Mais, dans les traditions philosophiques, le mot bonheur c’est la sagesse, l’acquisition des vertus, la pratique de l’amitié… c’est donc une élévation et non un remplissage, c’est donc une liberté (et non un libertinage!).

Pour les chrétiens, le bonheur c’est connaître Dieu (St Thomas d’Aquin), c’est vivre en Dieu!

Or, de nos jours, le bonheur c’est le bien-être personnel bien entretenu par les développeurs personnels, le confort, l’agrément, la sécurité affective et matérielle, etc.

Là, nous assistons à une dégradation et une inversion totale du terme. En lieu et place d’une élévation, on rabaisse le plafond et on enferme de plus en plus. On châtre l’Esprit!

Et ce très bas consumérisme est devenu grâce à une folle publicité propagandiste des marchands de bonheur une valeur en soi! Or il n’en est rien!

Il y a très peu d’individus épris d’absolu, qui cherchent le dépassement, sorte de libération de la condition mortelle.

L’absolu c’est ce qui est détaché de tout… La liberté intrinsèque, la liberté créatrice immense. Le spirituel est totalement, éminemment et intimement lié à la liberté.

Le combat spirituel n’a rien à voir avec les guerres saintes ou les guerres de religion mais un témoignage.

Le défi n’est pas la paix mais bien le combat spirituel. (« Je ne suis pas venu vous apporter la paix mais l’épée » Matthieu 10.34-36 ). Selon les traductions, on cite le glaive ou l’épée…

La foi ce n’est pas croire. Point besoin de croyants dociles et obéissants. Ce sont des témoins, d’amis du Christ et de Dieu dont on a besoin. Des êtres qui ont une connaissance intérieure et ont un combat à mener. C’est aussi un combat contre les puissances ténébreuses qui sont des forces de désespoir, des forces de désertion, des forces d’inertie. Toutes ces passions mauvaises sont à combattre et là est le vrai défi! Un combat sans relâche qui mène au dépassement, à la transcendance. Sa vision ne renvoie pas au « Guerrier de lumière » de Coelho, bien évidemment.

C’est du « Combat Spirituel » décrit par Kabir qu’elle est proche. C’est un combat pour la Vérité.

Où est la nuit quand le soleil brille?

S’il fait nuit, c’est que le soleil a retiré sa lumière

Là où il y a connaissance, l’ignorance peut-elle demeurer?

Et si il y a ignorance, la connaissance doit périr.

S’il y a luxure, comment y aurait-il Amour?

Où est l’Amour, il n’y a pas de luxure.

Saisis ton épée et va à la bataille

Combats oh mon frère, tant que durera ta vie

Coupe la tête de ton ennemi, lui donnant ainsi une mort rapide

Puis viens et courbe le front devant le triomphe de ton Roi

L’homme vaillant n’abandonne jamais le combat

Celui qui s’enfuit n’est pas un vrai combattant

Dans le champ clos de notre corps

se livre une guerre contre les passions, la colère, l’orgueil et l’envie

C’est dans le Royaume de la Vérité, du contentement et de la pureté

que cette bataille fait rage

et l’Epée qui sonne le plus haut est le glaive de son Nom

Quand un brave chevalier entre en campagne

une multitude de lâches est mise en fuite

C’est un dur et fastidieux combat que livre celui qui cherche la Vérité

Son vœu est plus difficile à accomplir que celui du guerrier

ou que celui de la veuve qui veut rejoindre son époux

car le guerrier combat pendant quelques heures

et la lutte de la veuve avec la mort est si vite achevée

mais la bataille de celui qui cherche la Vérité

continue jour et nuit et aussi longtemps que dure sa vie

Elle ne cesse pas.

Le poète Kabir est une des figures les plus intéressantes du mysticisme hindou.

Né à Bénarès, de parents mahométans, aux environs de 1440, il devint de bonne heure disciple

du célèbre ascète hindou Ramananda, qui prêchait dans le nord de l’Inde le réveil religieux,

que Ramanuja avait déjà apporté dans le sud au XIIe siècle.

Ce réveil était à la fois une réaction contre le fanatisme excessif du culte orthodoxe

et une revendication des droits du cœur en face de l’intellectualisme exagéré du monisme védantiste.

http://fr.wikisource.org/wiki/Po%C3%A8mes_de_Kabir

Comme tous les textes traditionnels (bible, védas indiens et poèmes soufis… et tant d’autres), il y a lieu de ne pas les comprendre au sens littéral mais au sens symbolique et même au sens caché! L’Epée par exemple dans son sens symbolique se réfère à l’Esprit et non l’arme… Elle est présente jusque dans le zen et la tradition du samouraï.

A chaque fois, la tradition présente, propose 3 sens distincts: l’un propre, l’autre figuré, symbolique, le troisième caché. Là est la liberté de chaque un: ce n’est pas le secret, c’est le mystère, nuance!

L’amour de l’humanité ou l’amour du prochain, ça sonne de façon abstraite. Ce sont des formules. Quand on dit « J’ai de la compassion pour toi », cela ne veut rien dire, c’est une formule creuse!

La compassion est un sentiment non pas mièvre mais déchirant. Ce n’est pas un sentiment de base, c’est un sentiment qui est le signe de l’éminente spiritualité d’un être. Empathie, compassion, sympathie, amour universel, c’est ce vers quoi l’être humain spiritualisé peut tendre, voire éprouver, sans pour autant le revendiquer!

La condition humaine est quelque chose de terrible, douloureux, c’est un exil, c’est une prison, c’est une limitation mais à l’intérieur de cette prison, il y a cette étincelle, cette soif, cette ferveur, cette ouverture de l’esprit qui permet de quitter la cage (ou le cercle, ou le dédale…).

L’humanité est belle si elle est porteuse d’humanité. C’est l’ambiguïté: on dit l’humanité au sens de collectivité terrestre mais l’être humain est porteur de cette humanité qui est bienveillance, tendresse et amour. En ce sens, il est témoin et dépositaire du Divin.

Tout cela mérite débat! N’est-il pas?

Philippe Vekens – PhV

Sans nom ultime 7

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