Coaching … suite

Source : La Croix, Jean-luc Ferré

Panorama des domaines investis par les coachs de tous poils, chiffrés à environ 3.000 en France. Dans le milieu sportif, le coach, nommé il n’y a pas si longtemps encore « entraîneur », aide chaque aspirant à réaliser ses rêves de victoire. Cet objectif de « gagnants » rejoignait l’objectif du monde de l’entreprise. Dès 1996, une association pionnière en France, la Société française de coaching, l’avait fort bien compris. Elle visait alors les dirigeants en s’inspirant de l’expérience anglo-saxonne.

Le coaching d’entreprise avait ainsi été « balisé par de nombreuses têtes pensantes »…Dix ans après, le coaching s’est élargi à tous les secteurs de la vie quotidienne et il « accompagne à tout âge » ! Aujourd’hui ce que l’on peut appeler le « life coaching » semble nettement plus nébuleux que le coaching d’entreprise et (encore plus ?) susceptible d’ouvrir la porte à de nombreuses dérives.

Car « coacher » n’est pas neutre. François Délivré, un professionnel réputé du secteur, l’analysait de manière fort pertinente dans un article en 1999. Il soulignait déjà les dérives possibles : transformation du coach en « gourou », en thérapeute déguisé, risque de « dégâts psychologiques »… Face à ces craintes plus que jamais criantes d’actualité, la profession cherche à se structurer et les quatre associations « qui quadrillent le secteur » sortent qui une charte qui un code, affichant désormais « un maître mot » : déontologie. Au début de l’automne 2006, la Société Française de Coaching a fait le ménage et est ainsi passée de 700 membres à 200 ! Pourtant l’autorégulation revendiquée est loin de convaincre Guy Rouquet, président de l’association Psychothérapie Vigilance. Il fait un parallèle avec le vide juridique qui présidait à l’exercice de la psychothérapie. La loi de 2004 réglementant l’usage du titre de psychothérapeute aura peut-être pour conséquence que nombre de psychothérapeutes se reconvertiront dans le coaching. Pour lui une réglementation s’impose là aussi, sous peine d’assister à des dérives psycho-sectaires.

En attendant, les tarifs pratiqués ont de quoi susciter bien des « vocations » : le prix moyen d’une séance de coaching varie de 150 à 500 euros ! Et si l’on veut bien faire les choses, il faut prévoir 10 ou 20 séances…

Une idéologie qui propose un conformisme généralisé [1]

Dans un ouvrage qui vient de sortir « L’empire des coachs », le psychanalyste Roland Gori et le philosophe Pierre Le Coz préconisent le « rejet en bloc » du coaching. Ce qu’ils lui reprochent ? D’entraîner un conformisme généralisé et de vouloir normaliser les comportements. Dans une société formatée par le coaching l’individu « n’est plus considéré comme une histoire, mais comme un stock de ressources, un capital à exploiter, une micro-entreprise à gérer » !! Pour les auteurs, il s’agit ni plus ni moins d’une idéologie mettant en exergue le culte du « toujours plus haut, plus vite, plus fort » et qui n’admet plus ni la défaillance ni la souffrance… L’alternative à ce péril en la demeure ? Le recours à la culture, à la philosophie, à la littérature et à « toutes les médiations qui permettent d’aller à la rencontre de soi » et de s’accepter tel qu’on est… avec ses limites.

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