Les Cathares vous saluent – « Le monde est un pont. Passe dessus mais n’y établis pas ta demeure »

Le terme « cathare » vient probablement du grec καθαρός – katharós qui signifie « pur ». Mouvement chrétien médiéval, il se développe principalement dans le sud de la France, en Occitanie, au cours du premier millénaire et connaitra une expansion jusqu’au XIII° siècle où il ne comptera pas moins d’un millier d’églises. Tenu pour hérétique par l’église catholique romaine, le mouvement subira plus d’un siècle de persécution et disparaitra après extermination. Dans sa volonté d’imposer son modèle de « société chrétienne », l’église romaine ordonnera le sac des villes occitanes et le massacre des populations, sans distinguer les cathares des catholiques. Des bûchers aux dimensions gigantesques seront dressés un peu partout par les représentants du Christ sur terre aux cris de « qu’ils brûlent, qu’ils brûlent tous!  » Afin de dissuader les gitans d’assister les « hérétiques » en fuite, les armées papales n’hésiteront pas à égorger les enfants devant leurs parents, instaurant la terreur dans tout le sud de la France. Cette effroyable boucherie tuera plus d’un million et demi d’occitans.

Ceux que la postérité appellera « Cathares » – eux mêmes se nommaient « bons-hommes » et « bonnes-femmes » ou « bons chrétiens » et « bonnes chrétiennes » – étaient, avant tout, des chrétiens ; Ils reconnaissaient les mêmes évangiles et écrits sacrés que l’église catholique mais différaient quant à leur interprétation. Pour eux, Dieu est un être inconnaissable, insondable, inaccessible et hors de ce monde. Quant au Christ, il n’est pas venu sur terre pour « racheter » le péché du monde comme l’affirment les catholiques, mais pour révéler à l’homme sa nature divine, son origine céleste et la condition de son retour auprès du « Père ». Ce qui les rapprochaient des premiers chrétiens car, comme eux, ils pensaient que le dieu de l’Ancien Testament est un être mauvais, issu du Néant, qu’il a capturé ou trompé les bons esprits afin de les enfermer dans ce monde et ainsi, mêlant son inexistence à une part du divin, il venait à l’existence. Le Christ, selon la foi cathare, enseigne aux hommes à se détourner de la chair qui est faible et imparfaite pour se tourner vers l’esprit, parcelle du vrai Dieu en eux.

Cette pensée n’est pas nouvelle ; il s’agit là des thèses soutenues par les églises des premiers siècles, bien avant la fondation par l’empereur Constantin de l’église romaine (concile de Nicée). Les écrits de Paul, de Valentin, Marcion, Origène ou Saint-Augustin à ses débuts (manichéen) ne diffèrent pas véritablement de la pensée cathare du début du second millénaire. Elle se traduit, dans la vie courante, par une rigueur parfois ascétique pour soi-même et un altruisme, tout aussi fort, pour son prochain. Ils refusaient de donner la mort, même aux animaux et, de ce fait, ne consommaient pas de viande, certains rejetaient plus généralement tous les produits issus de la fornication, donc tous les produits dérivés des bêtes comme le lait, les œufs, etc. Ce refus de manger de la viande tenait, pour certains, à la présence de l’âme divine dans les animaux et, pour d’autres, les âmes pouvant se réincarner par la métempsychose, tuer un animal pouvait tout aussi bien être attenter à une âme humaine incarnée dans un corps animal. Le mensonge était banni de même que la méchanceté, en outre, ils devaient s’abstenir de tout vice. Ils exerçaient des métiers manuels à l’image des communautés des premiers siècles et, bien que religieux, ils ne s’isolaient pas dans des couvents ou monastères mais vivaient dans le siècle et prêchaient en langues locales dans tous les lieux où il y avait des âmes, vulgarisant ainsi les textes tenus pour sacrés (évangile, épîtres, …) , alors que Rome en interdisait la lecture au profane. Bien qu’ils bâtissaient des églises, ils ne conféraient aucune dimension sacrée à ces édifices : la relation à l’Esprit Saint était définie comme constance, permanente et en tout lieu. Contrairement aux catholiques, il ne reconnaissaient pas le baptême de l’enfant nouveau-né, ce sacrement (le consolamentum) ne pouvait intervenir qu’à un âge de compréhension, en général vers douze, quatorze ans. Il se pratiquait par imposition des mains, comme le faisait le Christ. De même, ils rejetaient la médiation des « saints » ou le culte des « reliques » qu’ils tenaient pour idolâtrie. Pas non plus de culte des morts car la mort ne touche que la chair qui provient du Mal alors que l’esprit, issue du « Bon Père » retourne, immortelle, à sa source. Le « sacrement » de l’eucharistie n’avait pas non plus de valeur à leurs yeux, il ne croyaient pas en la transsubtantiation du pain ou du vin en corps ou sang du Christ mais bénissaient le pain lors de chaque repas (rituel du pain de l’oraison), en mémoire du dernier repas du Sauveur.

L’organisation hiérarchique allait du simple croyant à l’évêque, en passant par le noviciat et la prêtrise (ordination). Néanmoins, il n’existait pas de clergé à charge des populations comme à Rome ; chacun exerçait un métier et la prédication se faisait tout moment, chaque instant de la vie offrant une occasion d’édifier l’esprit.

Aujourd’hui, le catharisme semble renaitre dans de nombreuses régions de France, de Belgique, d’Espagne, etc. Mais avait-il complétement disparu ? On peut se poser la question car, à la fin du XIX° siècle, le « Notre Père » Cathare était toujours récité par des paysans dans le sud de la France. De même trouvons-nous assez facilement sur la toile des groupes se réclamant de la « véritable église chrétienne ». Loin d’une résurgence folklorique, ces groupes conduisent de véritables réflexions spirituelles, philosophiques et culturelles. A l’occasion, il pourrait être intéressant d’inviter l’un ou l’autre d’entre eux afin de nous exposer la sens de la foi cathare au XXI° siècle.

« Notre Père » Cathare

« Père Saint, Dieu juste des bons esprits, toi qui jamais ne te trompas, ni ne mentis, ni ne doutas, afin que nous ne mourions pas dans le monde du dieu étranger, car nous ne sommes pas de son monde et qu’il n’est pas du nôtre. Apprends-nous à connaître ce que tu connais et à aimer ce que tu aimes.

Les pharisiens tentateurs se tiennent à la porte du royaume et empêchent d’y entrer ceux qui voudraient le faire, alors qu’eux-même ne veulent pas y entrer ; c’est pourquoi je prie le Père Saint des bons esprits qui a le pouvoir de sauver les âmes. Il fait grener et fleurir, et à cause des bons donne la vie aux méchants et il le fera tant qu’il y aura des bons dans ce monde, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus aucun de ses petits, ceux qui sont issus des sept royaumes et sont descendus du Paradis quand Lucifer les attiré en leur disant que Dieu ne leur a permis que le bien, et que le diable, parce qui était faux et aveugle, leur permettrait le bien et le mal, et dit qu’il leur donnerait des femmes, qu’il leur donnerait le commandement des uns sur les autres, et qu’il y en aurait qui seraient rois, comtes ou empereurs, et qu’avec un oiseau ils pourraient en capturer un autre et avec une bête, en saisir une autre.

Tous ceux qui lui seraient soumis descendraient en bas et auraient le pouvoir d’y faire le mal et le bien comme Dieu en haut ; il leur valait beaucoup mieux être en bas où ils pourraient faire le mal et le bien, qu’en haut où Dieu ne leur permettait que le bien. Et alors ils montèrent sur un ciel de verre et autant s’y élevèrent, autant tombèrent et périrent ; et Dieu descendit du ciel avec douze apôtres, et il s’adombra en Marie. »

Heureusement, parmi les catholiques, il y a aussi des personnes qui cherchent avec sincérité et qui sont de bons chrétiens et puis, la tolérance est aussi dans le fait de ne pas rejeter les intolérants…

S’il est vrai que plusieurs communautés se réclamant du catharisme rejettent la pensée gnostique nous ne pouvons néanmoins pas les dissocier du gnosticisme. La difficulté vient principalement du sens que l’on donne aux termes « gnostique » et « gnosticisme » et là, il n’y a pas consensus ; toutefois, l’ensemble des spécialistes est en accord sur au moins un point : le gnosticisme concerne les courants chrétiens gnostiques des premiers siècles (il connait son apogée au II° siècle), le terme désigne plutôt un courant historique. Une autre confusion tient l’association de mots « gnostique » et « ésotérique ». Pour nombre de nos contemporains, l’ésotérisme est synonyme d’occultisme, de mystique, de spiritisme, etc. or le terme désigne toute personne maitrisant une connaissance cachée et acquise par une longue et difficile initiation qui, généralement, est de transmission orale. La gnose est la connaissance qui distingue le profane de l’ésotérique (durant l’initiation, il est apprenti ou exotérique).

Les cathares sont avant tout des chrétiens, voire de « véritables » chrétiens. La littérature qui traite de la question se focalise principalement sur une courte période comprise entre le XI° et le XIII° siècle, durant leur persécution ; mais le courant est bien antérieur. Il remonte aux premiers chrétiens et, probablement, aux premières communautés chrétienne gnostiques (courant nazaréen). Les premières communautés installées sur les bords de l’actuelle France pourraient bien être composées par les descendants directs du christ.

La pensée cathare appartient au gnosticisme et, de ce fait, s’apparente à la forme gnostique, comme tu le soulignes ; la cosmogonie cathare comprend un démiurge malfaisant qui affirme donner aux hommes la liberté de choisir d’user du bien et du mal par opposition à Dieu qui ne permet que le bien. Cette simple affirmation relève de la pensée gnostique religieuse ou philosophique. La différence entre gnostiques et cathares tient essentiellement à l’ésotérisme : alors que la gnose ne sera révélée qu’à une minorité d’élus ayant parcouru le long chemin de l’initiation, la catharisme concerne tout un chacun, dans le sens que tous les Hommes sont des élus. Nous pourrions dire, en quelques sortes, que la gnose procède d’un acquis alors que la foi chez les cathares procède d’une révélation : le gnostique accède au divin (ou à l’état supérieur de l’être) par l’acquisition de la connaissance et le cathare reçoit la révélation (principalement les évangiles) et ordonne sa vie dans ce sens. La différence est d’importance mais, sur bien des points, les deux se rejoignent.

Bien amicalement,

Baucens

« Le monde est un pont. Passe dessus mais n’y établis pas ta demeure »

voici la source de ce texte: http://baucens.pro-forum.fr/t40-les-cathares

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4 Replies to “Les Cathares vous saluent – « Le monde est un pont. Passe dessus mais n’y établis pas ta demeure »”

  1. Commentaires reçus via Facebook de mes ami(e)s…
    Luna Marteau
    Sept siècles ont passé depuis l’éxécution de Guillaume Bélibaste, dernier « Parfait » Cathare à mourir sur un bûcher, dans les Corbières en l’an 1321 :

     » Al cap des sei cens ans verdegeo le laurel  »
    (Au cap de sept cents ans, le laurier refleurira)

    Résurgence d’une nouvelle spiritualité ? Les Cathares, à ce sujet, nous ont laissé la vision prophétique suivante pour les temps à venir :

    Elle n’a pas de structure,
    seulement de la compréhension.

    Elle n’a pas de membres,
    sauf ceux qui savent qu’ils en font partie.

    Elle n’a pas de rivaux,
    car elle ne nourrit pas d’esprit de compétition.

    Elle n’a pas d’ambition,
    elle ne cherche qu’à servir.

    Elle ne connaît pas de frontières,
    car les nationalismes sont dépourvus d’amour.

    Elle n’est rien en elle-même,
    car elle cherche à enrichir tous les groupes et toutes les religions.

    Elle n’a pas de secret, pas d’arcane, pas d’initiation
    si ce n’est la vraie compréhension du pouvoir de l’amour
    et que, si on le veut, le monde changera,
    mais seulement si on se change soi-même d’abord.

    Elle reconnaît tous les grands enseignants de tous les âges
    qui ont manifesté la vérité de l’amour.

    Ses participants pratiqueront
    la vérité de l’amour de tout leur être.

    Elle ne cherche pas à enseigner mais à être,
    et par cet état d’être, à enrichir.

    Elle reconnaît la planète entière comme étant un Etre
    dont nous sommes tous une partie.

    Elle reconnaît que le temps est venu
    pour la suprême transmutation,
    l’acte alchimique ultime du changement
    conscient de l’ego du monde
    dans un retour volontaire dans le Tout.

    Elle ne se proclame pas à haute voix
    mais dans les sphères subtiles de l’amour.

    Elle salue tous ceux qui dans le passé
    ont montré la voie et en ont payé le prix.

    Ses membres se reconnaîtront par leurs œuvres et leur être,
    et par leurs yeux, et par aucun autre signe extérieur
    qu’une accolade fraternelle.

    Ses membres consacreront leurs vies
    à l’amour silencieux de leur prochain,
    leur environnement et la planète,
    tout en accomplissant leur tâche,
    si exaltée ou humble soit-elle.

    Elle reconnaît la suprématie de la Grande Idée
    qui ne peut être accomplie
    que si la race humaine pratique l’amour.

    Elle n’a pas de récompense à offrir
    ni ici ni dans l’au-delà,
    si ce n’est la joie ineffable d’être et d’aimer.

    Ses membres chercheront à faire avancer
    la cause de la compréhension,
    faisant le bien en restant dans l’ombre,
    et enseignant seulement par l’exemple.

    Ses membres guériront leur prochain,
    leur communauté et notre planète.
    Ses membres ne connaîtront aucune peur et point de honte,
    et leur connaissance l’emportera envers et contre tout.

    Tous ceux qui en font partie appartiennent
    à l’Eglise de l’Amour.

    Marc Thomas ‎
    « Tout prétendant à l’héritage cathare porteur des plus hautes vertus, celles de Vérité, d’Authenticité, de Courage, de Fraternité, de Noblesse…trouvera sur la route un livre ouvert. Les pages en sont blanches, un seul mot y est inscrit en lettres de feu. La vilénie et l’ignorance ne peuvent rien contre une volonté sans faille éclairée par une vie de service exemplaire et une grande compassion active . Et l’Héritier, s’il entend assumer son rôle, consacrera le reste de son existence terrestre à en apprendre le sens initiatique par l’usage de sa magie profonde … Le Mot est Amour. »

    Claire Melchiori
    Que voici des mots qui font couler mes larmes en ce matin d’opale… Merci Luna et Marc ! je relaie en pleine clarté de l’esprit 🙂

    Nat Ureel
    Je rejoins Claire et vous remercie d’attiser le Feu intérieur qui m’anime et se transforme en feu de Joie partagé mes Amis…Gratitude…

  2. Anecdote: lors de mon périple en Inde, à Boddhgaya, à quelques mètres de l’arbre de la Boddhi, le lieu où le Bouddha s’est éveillé, un de mes frères me croisa et me dit: je vais accomplir mon baptême cathare… Il y avait une rivière près de là! J’ai souri 😉

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