Vimala Thakar

A travers la lointaine vallée
bâillait le clair ciel bleu.
Au pied de l’herbe veloutée
jouait la douce brise.
Dans leur riche plénitude, les arbres d’un vert sombre
méditaient profondément.
Au-delà du sommet de la montagne, le soleil pâle et fatigué
hésitait à se retirer.

Pétillant de malice, mon esprit
me faisait signe.
Esquissant une révérence gracieuse, il commença
un jeu avec moi.
D’abord il se dépouilla des grandes robes
du savoir.
Puis il jeta loin de lui le beau collier
des émotions.

Il arracha violemment tous les goûts
et tous les dégoûts.
Il piétina race, religion
et caste.
Rapidement, d’une secousse, il disloqua
l’orgueilleux souvenir du passé.
L’esprit s’était dénudé
complètement.

Il tremblait comme une feuille.
Je ne savais que faire.
Singulièrement, l’esprit s’effaça
Et là se dressa majestueusement
en sa pure nudité.
La reine de terrible beauté.
La reine d’impossible beauté.

La totale vacuité vivante.

Vimala Thakar

Vimala Thakar est née en Inde centrale dans une famille plutôt aisée de la caste des Brahmines ; sa passion pour la vie spirituelle commença très tôt. « La conscience qu’il existait ‘quelque chose au-delà’ m’apparut vers l’âge de cinq ans, » écrit-elle, décrivant comment elle s’était un jour enfuie dans la forêt à la recherche de Dieu, implorant le Seigneur de se révéler. Son père, un homme courageux et libre penseur, encouragea ses premiers élans, lui apportant son soutien pour visiter des ashrams, étudier les Ecritures, et découvrir diverses pratiques spirituelles. Tout au long de son adolescence, elle poursuivit sérieusement ses recherches ; elle fit même une longue retraite dans une grotte himalayenne à l’âge de dix-neuf ans. Les nombreuses expériences hors du commun qu’elle vécut dans sa jeunesse ont ce même parfum d’épopée, qu’on retrouve dans les contes du Mahabharata.

Plus tard, Vimala Thakar s’engagea dans le Land Gift Movement fondé par Vinoba Bhave. Ce dernier était l’héritier spirituel de Gandhi et était unanimement considéré lui-même comme un saint ; c’est grâce à lui que la mission de Gandhi et sa vision d’un nouvel ordre social furent propagés; c’est lui encore qui transmit à la jeune femme la passion de Gandhi pour « un changement radical dans la structure même de la société humaine ainsi qu’une révolution profonde au cœur même de l’esprit humain. » Pendant huit ans, elle travailla sans relâche au sein du Land Gift Movement – programme de redistribution des terrains possédés par les plus nantis, en faveur d’ouvriers agricoles démunis – voyageant de village en village aux quatre coins de l’Inde.

En 1960, une amie invite Vimala Thakar à assister à une série de conférences données par un enseignant spirituel de passage à Varanasi (Bénarès): J. Krishnamurti. Il remarque immédiatement cette jeune femme singulière, qui écoute du fond de la salle avec une si grande attention, et lui propose de s’entretenir avec elle. Leurs échanges et leurs entretiens privés provoquent en elle une sorte de commotion, un bouleversement de sa conscience, la catapultant dans un profond silence intérieur. «Quelque chose en moi a été libéré, et ce quelque chose ne supporte aucune limite» écrit-elle. «Cette invasion d’une conscience nouvelle, irrésistible, incontrôlable… a balayé tout le reste.» Au cours de l’année qui suivit, Krishnamurti lui confirma non seulement sa réalisation spirituelle, mais l’implora de commencer à enseigner elle-même : «Pourquoi n’explosez-vous pas ? Pourquoi n’allez vous pas poser des bombes pour faire bouger ces gens sclérosés qui suivent le mauvais chemin ? Pourquoi ne sillonnez-vous pas l’Inde ? Quelqu’un le fait-il ? Si seulement cinq ou six personnes étaient déjà à l’œuvre, je ne vous parlerais pas en ces termes. Mais il n’y a plus de temps à perdre… Allez – montez sur le toit des maisons et criez, « Vous vous trompez de chemin ! Ce n’est pas ainsi qu’on trouve la paix ! »… Allez au devant d’eux et mettez le feu dans leurs cœurs! Personne ne le fait. Pas un seul… Qu’est-ce que vous attendez?»

C’est alors que « les cendres qui couvaient se muèrent en flammes » et qu’elle quitta le Land Gift Movement et le rôle d’activiste social pour celui d’enseignant spirituel, parcourant le monde pour donner des conférences et conduire des retraites de méditation. Elle expliqua les raisons pour lesquelles elle se tournait désormais exclusivement vers une révolution intérieure dans une lettre ouverte à ses amis et anciens collègues : « Aucun mot ne saurait décrire l’intensité et la profondeur de l’expérience que je traverse. Tout a changé. C’est comme si j’étais née à nouveau !… Je ne travaillerai plus pour l’association. Ce qui me frappe aujourd’hui, c’est que le vrai problème auquel se trouve confrontée l’humanité toute entière est lié à la question intime de la libération totale !… L’unique salut pour l’espèce humaine semble provenir d’une révolution spirituelle de l’individu… Puisque la source de tout mal réside dans la substance même de notre conscience, il va bien falloir y faire face. Tout ce que l’on nous a transmis à travers les siècles devra être complètement laissé de côté. Dépasser ou abandonner une fois pour toute la dynamique accumulée depuis des temps immémoriaux n’est pas chose facile, surtout si l’on s’y prend à la légère ou si l’on n’y touche pas du tout. »

Au cours des vingt-deux années qui suivent, Vimala Thakar voyage et enseigne dans plus de vingt pays ; des dizaines de livres exposant son enseignement sont publiés en douze langues. Pourtant, tout en restant très intimement lié aux mouvements politiques, sociaux ou écologistes, à travers le monde, son enseignement reste principalement concentré sur la question de la révolution intérieure de l’esprit. Mais en 1979, elle reprend le flambeau de l’action sociale, laissant en suspens ses tournées de par le monde pendant trois ans afin de rester en Inde, retrouver la route des villages, discuter des problèmes rencontrés localement avec la population, créer des centres pour former les villageois aux techniques agricoles, à l’équipement sanitaire, à l’administration locale, la conscience civique et la démocratie.

Après cette interruption, elle reprend ses voyages à l’étranger, concentrant son enseignement plus passionnément encore sur la question de la nécessité d’une révolution intérieure et extérieure. Lorsque le professeur de méditation californien, Jack Kornfield, lui demande pourquoi elle s’est à nouveau lancée dans le travail de terrain, assistant les affamés et les sans-abri, elle répond : « Monsieur, j’aime la vie et je ne peux rester en dehors d’elle de quelque façon que ce soit. Si les gens ont faim de nourriture, je ferai tout pour les aider à se nourrir. Si les gens ont faim de vérité, je ferai tout pour les aider à la découvrir. Je ne fais aucune distinction entre servir des gens qui meurent de faim et perdent la dignité de leur vie physique, et servir des gens qui vivent dans la peur et l’enfermement, perdant ainsi la dignité de leur vie mentale et spirituelle. J’aime la vie dans son expression la plus large. »

Aujourd’hui âgée de 79 ans, Vimala Thakar ne quitte plus son pays natal mais reçoit toutes celles et tous ceux qui prennent le chemin de sa maison du Rajasthan, ou de celle d’Ahmedabad pendant les mois d’hiver. Des gens du monde entier s’y retrouvent, du bouddhiste au professeur de yoga, de l’industriel à l’écologiste, du militant pour la paix au membre du Parlement. « La spiritualité est la graine » affirme-t-elle, « et l’action sociale est son fruit. » La parole de Vimala Thakar a l’autorité et l’authenticité nées d’une vie passionnément et entièrement consacrée à la révolution totale de l’esprit humain.

Citations tirées de : On an Eternal Voyage, Vimala Thakar (Vimal Parivar: Bombay, 1994) et de Vimalaji’s Global Pilgrimage, ed. Kaiser Irani (Vimal Prakashan Trust: Ahmedabad, 1996)

Trouvé sur le site suivant: http://zen-et-nous.1fr1.net/vos-textes-f21/poeme-de-vimala-thakar-t78.htm

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