Jiddu Krishnamurti – Se libérer du connu

La vérité est un pays sans chemin. Il n’existe pas de sentier qui y conduise, ni de religion ni de secte. Tel est mon point de vue que je défends absolument et inconditionnellement. La vérité ne connaît pas de limites, elle ne peut être conditionnée, elle ne peut être atteinte par des voies prédéfinies et ne peut donc pas non plus être organisée. C’est pourquoi il ne faudrait pas fonder des organisations qui conduisent les humains sur un chemin particulier ou les obligent à l’emprunter. Si seulement cinq personnes veulent écouter, vivre, tourner leur visage vers l’éternité, cela suffit. Comme je l’ai dit, je n’ai qu’un seul but, libérer l’homme, lui donner l’impulsion pour qu’il se libère lui-même.

Extraits du livre Se libérer du Connu
( Freedom from the Known )

L’homme qui se sait silencieux, qui sait qu’il aime ne sait pas ce qu’est l’amour, ni ce qu’est le silence.

La Passion

(…)  » Une passion sans motif, une passion non engagée, et qui ne soit pas d’ordre sensuel. Ne pas connaître cette qualité de passion c’est ne pas savoir ce qu’est l’amour, car l’amour ne peut prendre naissance que dans un total abandon de soi.  » (…)

L’amour

(…) Avez-vous jamais trouvé une certitude dans vos rapports humains? (…) Nous désirons cet apaisement lorsque nous aimons et que nous voulons qu’on nous aime en retour ; mais deux personnes peuvent-elles s’aimer lorsque chacune d’elles est à la recherche de sa propre sécurité, selon sa voie particulière ? On ne nous aime pas, parce que nous ne savons pas aimer. Qu’est-ce que l’amour ? Ce mot est si galvaudé et corrompu, que je n’ose à peine le prononcer. (…) L’amour pourrait bien être l’ultime solution à toutes les difficultés des hommes entre eux, à leurs problèmes, à leur peine, mais comment nous y prendre pour savoir ce que c’est? En le définissant ? L’Eglise le définit d’une façon, la société d’une autre, et il y a, en outre, toutes sortes de déviations et de perversions : adorer quelqu’un, coucher avec quelqu’un, échanger des émotions, vivre en compagnie, est-ce cela que nous appelons l’amour ? Mais oui, c’est bien cela, et ces émotions sont, malheureusement si personnelles, si sensuelles, si limitées, que les religions se croient tenues de proclamer l’existence d’un amour transcendental.

En ce qu’elles appellent l’amour humain, elles constatent du plaisir, de la jalousie, un désir de s’affirmer, de posséder, de capter, de dominer, d’intervenir dans la pensée d’autrui, et voyant toute cette complexité, elles affirment qu’existe un autre amour, divin, sublime, infrangible, impollué. Des hommes saints partout dans le monde soutiennent que regarder une femme est mal ; qu’il est impossible de se rapprocher de Dieu si l’on prend plaisir à des rapports sexuels ; et, ce faisant, ils refoulent leurs désirs qui les dévorent. En niant la sexualité, ils se bouchent les yeux et s’arrachent la langue, car ils nient toute la beauté de la terre. Ils ont affamé leur cœur et leur esprit. (…)

Peut-on diviser l’amour en amour sacré et profane, divin et humain, ou est-il indivisible ?(…) Lorsque l’on dit : Je t’aime , est-ce que cela exclue l’amour pour d’autres ? L’amour est-il personnel ou impersonnel ? Moral ou immoral ? Est-il réservé à la famille ? Et si l’on aime l’humanité, peut-on aimer une personne? Est-ce un sentiment? Une émotion? Un plaisir? Un désir?

Toutes ces questions indiquent, n’est-ce pas, que nous avons des idées au sujet de l’amour, des idées sur ce qu’il devrait être ou ne pas être. (…)

Je me dis : Commence par te vider de cette confusion ; alors peut-être découvriras-tu ce qu’est l’amour par le truchement de ce qu’il n’est pas. L’Etat nous dit d’aller tuer par amour de la patrie. Est-ce cela l’amour ? La religion nous dit de renoncer à notre sexualité par amour pour Dieu. Est-ce cela l’amour ? (…)

Vous prétendez aimer votre femme (…) Vous avez besoin de cette femme qui vous a donné son corps, ses émotions, ses encouragements, un certain sens de sécurité et de bien-être. Puis, elle se détourne de vous, par ennui, ou pour partir avec quelqu’un, et tout votre équilibre est détruit. Ce désagrément, vous l’appelez jalousie ; il comporte une souffrance, une inquiétude, de la haine, de la violence. Ce qu’en réalité vous dites à votre femme c’est : « Quand vous m’appartenez je vous aime, dès l’instant que vous ne m’appartenez plus je vous hais. Tant que je peux compter sur vous pour satisfaire mes exigences, sexuelles et autres, je vous aime ; dès que vous cessez de me fournir ce que je demande, vous me déplaisez. » Voici créés en vous deux antagonismes et un sens de séparation qui excluent l’amour. Si, cependant, vous pouvez vivre avec votre femme sans que la pensée crée ces états contradictoires, sans entretenir en vous-mêmes ces perpétuelles querelles, alors peut-être, peut-être, saurez-vous ce qu’est l’amour, et vous serez libre, et elle le sera aussi, car nous sommes esclaves de la personne dont dépendent nos plaisirs. Ainsi lorsqu’on aime, il faut être libre, non seulement de l’autre personne, mais par rapport à soi. (…)

Ne savez-vous pas ce que veut dire aimer réellement une personne, sans haine, ni jalousie, ni colère, sans vouloir vous mêler de ce qu’elle fait ou pense, sans condamnation ni comparaison ? (…) Lorsqu’on aime, compare-t-on ? Lorsqu’on aime de tout son cœur, de tout son corps, de son être entier, compare-t-on ? (…)

Lorsque les parents éduquent leurs enfants en vue de les adapter à la société, ils perpétuent les conflits, les guerres, la brutalité. Est-ce cela que vous appelez protection et amour ? Protéger l’enfance avec amour, c’est se comporter à la façon du jardinier qui soigne ses plantes, les arrose, étudie avec douceur et tendresse leurs besoins, le sol qui leur convient le mieux (…) Lorsqu’on perd un être aimé, on verse des larmes. Sont-elles pour vous, ou pour la personne qui vient de mourir ? (…) Pleurer sur soi, est-ce de l’amour?

(…) Vous verrez que la peur n’est pas l’amour, que la jalousie n’est pas l’amour, que la possession et la domination ne sont pas l’amour, que la responsabilité et le devoir ne sont pas l’amour, que se prendre en pitié n’est pas l’amour, que la grande souffrance de ne pas être aimé n’est pas l’amour. L’amour n’est pas plus l’opposé de la haine que l’humilité n’est l’opposé de la vanité. Si donc vous pouvez éliminer toutes choses, non par la force mais en les faisant disparaître à la façon dont la pluie lave les feuilles chargées de la poussière de nombreuses journées, peut-être rencontrerez-vous cette étrange fleur à laquelle, toujours, les hommes aspirent.

Tant que vous n’aurez pas d’amour, non en petite dose mais en grande abondance, tant que vous n’en serez pas remplis, le monde ira vers des désastres. Vous savez cérébralement que l’unité de l’homme est essentielle et que l’amour est la seule voie. Mais qui vous apprendra à aimer ? Est-ce qu’aucune autorité, aucune méthode, aucun système vous diront comment aimer ? Si qui que ce soit vous le dit, ce n’est pas l’amour .(…)

Peut-on entrer en contact avec l’amour sans discipline, ni impositions, ni livres sacrés, ni le secours de guides spirituels, et même sans l’intervention de la pensée ? Le rencontrer en somme, à la façon dont on aperçoit soudain un beau coucher de soleil ? Une chose me semble-t-il est nécessaire à ce sujet : une passion sans motif, une passion non engagée, et qui ne soit pas d’ordre sensuel. Ne pas connaître cette qualité de passion c’est ne pas savoir ce qu’est l’amour, car l’amour ne peut prendre naissance que dans un total abandon de soi. Rencontrer l’amour sans l’avoir cherché est la seule façon de le trouver : le rencontrer sans s’y attendre. (…)

L’amour est toujours neuf, frais, vivant. Il n’a pas d’hier et pas de lendemain. Il est au delà des mêlées qu’engendre la pensée.

Seul l’esprit innocent sait ce qu’est l’amour. (…)

Aller au delà de la pensée et du temps, c’est se rendre compte qu’il existe une autre dimension qui s’appelle l’amour. Ne sachant pas comment atteindre cette source extraordinaire, que faites-vous? Rien, n’est-ce pas ? Absolument rien. Dans ce cas, vous voilà intérieurement complètement silencieux. Comprenez-vous ce que cela veut dire ? Cela veut dire que vous ne cherchez plus, que vous ne désirez plus, que vous ne poursuivez plus rien, bref, qu’il n’y a plus de centre du tout.

Alors l’amour est là.

hommequimarche

Publié par

phil211060

Free-lance Ecrivain – Poète – Romancier – Récits de Vie – Création de Marques – Consultant en Propriété Intellectuelle - Rédacteur – Enseignant (instituteur primaire). Mon profil et mon parcours peuvent être qualifiés d'atypique.  Franchise, honnêteté, créativité, inventivité, esprit d'initiative, telles sont les qualités que je me reconnais. Et j'ai les défauts de mes qualités... Trilingue, français, néerlandais, anglais, j'ai une très grande aisance dans le domaine informatique. J'aime ma langue maternelle, le français. J'aime les mots, j'aime rédiger, j'aime écrire.  Et j'aime enseigner également... Le parcours a commencé par une scolarisation aisée, des études et un diplôme (secondaire supérieur) en sciences économiques, ensuite un diplôme en psycho-pédagogie (instituteur primaire). Ma vie professionnelle a débuté par l'enseignement. J'ai enseigné pendant 7 ans, en tant qu'instituteur dans la région bruxelloise. Ayant quelque peine à trouver une synergie avec l'enseignement officiel, je me suis dirigé vers le secteur privé. Plus exactement en propriété intellectuelle, en tant qu'assistant juridique ("paralegal"), avec une spécialisation dans le domaine des marques, gestion de porte-feuilles de marques et en informatique (intranet, internet, communication, publication...), expérience qui a duré plus de 15 ans, en Belgique et en Suisse. J'ai également touché au journalisme, pendant 3 ans, en tant que « free-lance ». J'ai ensuite quitté l'Europe et me suis installé en Inde pendant 3 ans où j'ai collaboré avec une ONG, les Écoles de la Terre, et ensuite une Unité commerciale à Auroville qui s'occupait de la problématique de l'eau. J'étais en charge de la communication. Je suis revenu en Europe, et j'ai eu quelques difficultés à retrouver un emploi, vu mon âge et mon parcours « original »... J'ai travaillé brièvement en tant que « Guide pour la diversité », dans le secteur social. Je suis actuellement libre et disponible.

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